La Compubox ne vaut rien

Comme vous le savez probablement je me méfie depuis toujours de la compubox. Déjà parce que ce n’est pas parce qu’un boxeur aurait touché 125 fois et son adversaire 110 que la victoire lui reviendrait automatiquement, et surtout parce que je doute de la fiabilité de cet outil.

Au début de cette vidéo vous pouvez le score de Mayweather augmenter d’un point alors que son bras passe loupe clairement Pacquiao. Nous pourrions nous dire qu’il s’agit d’une simple erreur humaine, mais la seconde partie de la vidéo se révèle malheureusement bien pire : Lors du round de Mayweather vs Cotto, il est clair que le portoricain touche Mayweather au moins 15 fois, même sans ralenti. Et il n’est crédité que de 8 touches à l’affichage du round suivant.

Comment ça marche ?

Contrairement à ce que beaucoup pensent, Compubox n’est pas un logiciel détectant les frappes au son ou à la vidéo. Compubox est juste deux hommes derrière un écran, pressant des boutons à chaque action du boxeur qu’ils suivent. Ils ont quatre boutons (jab manqué, jab réussi, coup puissant manqué et coup puissant réussi), et vous imaginez bien que la tâche est extrêmement difficile, surtout après avoir moi-même tenté de compter uniquement les coups réussis. De plus, ils n’ont pas de seconde chance, les statistiques apparaissant en direct à l’écran.

Quel est le soucis ?

Le problème est que Compubox est une référence servant souvent d’argument incontestable “Mayweather a beaucoup plus touché que Pacquiao, il mérite la victoire” ou “Castillo a selon Compubox beaucoup plus touché que Mayweather, il a été volé”. Nous pouvons également penser qu’un des opérateurs de Compubox pourrait être corrompu par un HBO ou Showtime.

Le cas Mayweather vs Pacquiao

Selon le youtuber Artorias Boxing, Pacquiao aurait nettement dominé Mayweather. Il propose également sur sa chaîne une vidéo ou des ralentis permettent de mieux visualiser les touches des deux boxeurs une par une et à la fin celui-ci délivre 120 touches pour le philippin et seulement 69 pour l’américain.

punchstat5

Ce score est l’exacte inverse de la punchstat officiel de Compubox  :

2015_05_04_19_18_52_01

Voulant avoir le fin mot de l’histoire, je me suis également mis au comptage des coups de ce combat, d’une aprt car tout le monde l’a vu et également car l’activité est plutôt faible. Pour être à peu près dans les même conditions que les opérateurs de Compubox, je n’ai pas utilisé de ralenti et ai revisionné une séquence flou pas plus d’une seconde fois. Voici ma punchstat, les chiffres de la deuxième colonne de chaque boxeurs sont les chiffres officiels.

vraipunchstat

Je ne prétends pas détenir la vérité, mais je reste persuadé que Mayweather n’a pas touché presque deux fois plus que Pacquiao.

Le weight cutting intensif, un des problèmes de la boxe en 2016

Petit cours sur le weight cutting

Avant de vous dévoiler pourquoi j’estime que le weight cutting est une mauvaise chose pour le Noble Art, je vais vous expliquer brièvement ce que c’est même si j’imagine que mes lecteurs le savent.

Le weight cutting (ou coupe de poids en français) est le fait de faire un régime pour être au poids le jour de la pesée, et par la suite de reprendre les kilos perdu dans les 24h séparant la pesée de la montée sur le ring. Bien sûr cette pratique n’existe pas en amateur, car les boxeurs sont pesées le jour même du combat. Le weight cutting n’est pas une mauvaise chose lorsque le boxeur ne perd que deux ou trois kilos pour passer la pesée mais malheureusement il y a des cas extrême et de plus en plus courant de boxeur parvenant à faire des coupes de poids de presque dix kilos ! Aujourd’hui il y a plusieurs technique pour perdre rapidement tels la sudation, la restriction de liquide, le vidage des intestins voire même l’usage de diurétiques. En 2016 certains boxeurs combinent même plusieurs de ses techniques pour être le plus déshydraté et léger sur la balance possible.

Voici un exemple : En 2013, Saul Alvarez et Austin Trout étaient tout deux à 69,5 kilos lors de leurs pesées. C’est un poids légèrement en dessous de la limite des super-welters. A l’intérieur du ring de lendemain, leurs poids frôlaient les 78 kilos, ce qui est proche de la limite des mi-lourds, soit trois catégories au dessus !

Mais il faut savoir que l’ensemble des sports de combats sont concernés et que l’UFC (l’organisation de MMA la plus connue au monde) est également pleine de combattant pratiquant le weight cutting. Conor McGregor, la plus grande star de l’organisation en ce moment est également un adepte en reprenant facilement six kilos entre la balance et l’octogone lorsque il combat en poids plume. Mais il faut noter que l’UFC est vigilante à propos du weight cutting et à notamment interdit à ses combattants d’avoir recours à la réhydratation par intraveineuse.

ranking-the-weigh-in-gauntness-of-conor-mcgregor-for-his-7-ufc-fights

Les problèmes apportés par cette pratique

Tout d’abord, le weight cutting est évidemment mauvais pour la santé des combattants. Perdre une énorme quantité d’eau en peu de temps pour ensuite tout reprendre en quelques heures est un effort terrible pour le corps, surtout avec un combat de douze rounds arrivant juste après. Nous pouvons d’ailleurs constater chez la plupart des boxeurs abusant de ce procédé des problèmes de cardio. En 2013, un combattant MMA brésilien, Leandro Souza, en est même décédé. Tout corps a ses limites et vouloir descendre vraiment trop bas ou alors pratiquer des coupes de poids sur plusieurs laissent inévitablement des traces.

Cela apporte également des problèmes d’équité évident. Nous nous souvenons tous de l’énorme différence de gabarit entre Canelo et Cotto en novembre dernier. Quand Cotto devait être a 72 kilos tout au plus, le rouquin dépassait clairement les 78. A l’origine la pesée et les catégories ont été instaurés pour mettre les boxeurs sur un pied d’égalité, mais dans le cas de Cotto vs Canelo, autant dire que le mexicain partait avec un avantage physique non négligeable. A l’époque le weight cutting intensif n’existait pas donc la question de vérifier le poids des boxeurs le jour même du combat ne se posait pas. Mais ce temps est clairement révolu.

Capture5

Cela remet également en question le niveau de certains boxeurs. Adrien Broner était presque considéré comme invincible lorsque son jeune age lui permettait de perdre assez de poids pour combattre en super plumes ou en léger, remportant tout ses championnats du monde avant la limite. Mais une fois obligé de se battre contre les boxeurs de sa catégorie naturelle, il eut tout de suite beaucoup plus de mal. Sur trois combats chez les welters, il perdit deux fois et eu une victoire difficile contre Paul Malignaggi. Dans cette idée, Canelo aurait probablement un palmarès moins brillant contre des boxeurs de son poids en super moyens. Dans la même veine, Kell Brook va surement être surpris la semaine prochaine devant un boxeur de son poids.

Malgré tout, il faut tout de même mentionner que le poids ne fait pas tout en boxe, et les deux meilleurs boxeurs de notre siècle l’ont largement prouvé. Mayweather et Pacquiao ont en effet souvent été confronté à plus imposant, et pourtant ils ont presque tout le temps dominé très clairement les débats. Egalement, je ne condamne pas les boxeurs usant du weight cutting. C’est le règlement qui n’est pas fonctionnel, eux l’utilisent juste de manière intelligente.

371B264600000578-0-image-m-2_1470906296887

La solution envisageable

Le weight cutting est un problème dérangeant car il est très facile à enrayer. Nous pourrions les fixer à la catégorie supérieure, ou autoriser une prise de 5%. Avec ses règles, un poids moyen pourrait par exemple reprendre 3,6 kilos, ce qui est déjà non négligeable, tout en étant supportable pour le corps et qui ne déséquilibre pas trop le combat.

Les combattants pratiquant de grande coupes de poids actuellement seraient juste forcés a monter d’une voire deux catégorie de poids, et seraient confrontés a de boxeurs aussi imposant qu’eux.